"Je me suis battu contre la domination blanche et je me suis battu contre la domination noire."Nelson Mandela, Proces de Rivonia (1963)

Chine-Afrique

Chine-Afrique : le zéro droit de douane chinois met le FOCAC à l'épreuve de l'exécution

Par Sime Borel • 2026-06-08 • 4 min de lecture

Aujourd'hui en Afrique Chine-Afrique

L'annonce chinoise d'un élargissement du traitement zéro droit de douane en faveur de pays africains s'inscrit dans une évolution importante de la relation Chine-Afrique : moins centrée sur les grands chantiers visibles, davantage orientée vers le commerce, les débouchés et les chaînes de valeur. Pour les pays africains, l'enjeu n'est pas seulement d'accéder au marché...

Question strategique

Le zero droit de douane chinois peut-il soutenir une montee en gamme africaine ou prolonger un modele d'exportation de matieres premieres ?

Points cles

  • Le zero tarif ouvre une opportunite commerciale mais ne garantit pas la transformation locale.
  • La valeur dependra des normes, de la certification, des corridors et des filieres regionales.
  • La ZLECAf peut completer l'ouverture chinoise si elle structure des chaines de valeur africaines.

L'annonce chinoise d'un élargissement du traitement zéro droit de douane en faveur de pays africains s'inscrit dans une évolution importante de la relation Chine-Afrique : moins centrée sur les grands chantiers visibles, davantage orientée vers le commerce, les débouchés et les chaînes de valeur. Pour les pays africains, l'enjeu n'est pas seulement d'accéder au marché chinois. Il est de savoir si cet accès peut soutenir une montée en gamme productive, ou s'il risque de prolonger un modèle d'exportation fondé sur les matières premières.

FAITS ÉTABLIS

Le gouvernement chinois a communiqué en juin 2025 sur l'expansion de sa politique zéro droit de douane pour les pays les moins développés. Selon cette communication officielle, la mesure s'inscrit dans l'ouverture progressive du marché chinois et dans le cadre plus large du partenariat Chine-Afrique. Le même texte indique que Pékin s'est dit prêt à étendre le traitement zéro droit de douane à 100 % des lignes tarifaires pour les 53 pays africains ayant des relations diplomatiques avec la Chine.

Le Plan d'action de Beijing 2025-2027 du FOCAC confirme, de son côté, que la relation Chine-Afrique continue de se structurer autour d'engagements institutionnels : commerce, investissements, infrastructures, coopération industrielle, agriculture, connectivité, formation et développement. Le FOCAC reste donc le cadre politique central dans lequel Pékin organise sa relation continentale avec l'Afrique.

Ces éléments ne suffisent pas à conclure que les exportations africaines vont automatiquement augmenter en valeur ajoutée. Ils établissent plutôt une opportunité commerciale : une partie des barrières tarifaires peut être réduite, mais les contraintes de production, de normes, de logistique et de transformation restent décisives.

ANALYSE

La portée stratégique du zéro droit de douane chinois dépendra de la capacité africaine à transformer un avantage d'accès en avantage productif. Une suppression de droits de douane peut rendre certains produits africains plus compétitifs à l'entrée du marché chinois. Mais elle ne règle pas les questions les plus lourdes : volume disponible, qualité constante, certification, coûts portuaires, traçabilité, financement des producteurs, infrastructures intérieures et capacité des entreprises à répondre à une demande étrangère exigeante.

Le risque principal est connu : vendre davantage sans transformer davantage. Si les pays africains exportent surtout des produits bruts ou faiblement transformés, le zéro droit de douane peut renforcer une insertion commerciale déjà déséquilibrée. Le continent gagnerait alors en débouchés, mais pas nécessairement en emplois industriels, en savoir-faire technologique ou en pouvoir de fixation des prix.

À l'inverse, la mesure peut devenir utile si elle est articulée à une stratégie africaine de filières. Les produits agricoles, les minerais critiques, le textile, certains biens manufacturés légers ou les produits agro-transformés peuvent bénéficier d'un meilleur accès au marché chinois seulement si les États et les entreprises construisent autour d'eux des capacités régionales : normes communes, entrepôts, laboratoires de certification, corridors fiables et financements adaptés.

Le FOCAC joue ici un rôle ambivalent. Pour Pékin, il permet d'organiser une relation continentale lisible, avec des annonces fortes et un cadre diplomatique stable. Pour les pays africains, il peut être un levier de négociation collective, mais seulement si les priorités africaines sont formulées avec précision. Demander un accès au marché ne suffit pas. Il faut négocier les conditions qui permettent d'en tirer de la valeur : transfert de compétences, accès aux données commerciales, soutien à la certification, financement des PME exportatrices, partenariats industriels et transformation locale.

CE QUE CELA CHANGE POUR L'AFRIQUE

La question centrale n'est donc pas : "La Chine ouvre-t-elle son marché ?" La vraie question est : "Les économies africaines sont-elles prêtes à utiliser cette ouverture pour changer leur position dans les chaînes de valeur ?"

Trois niveaux d'action ressortent.

D'abord, le niveau national. Chaque pays doit identifier les filières capables d'exporter vers la Chine sans se limiter aux matières premières. Cela suppose des choix industriels, pas seulement des annonces commerciales.

Ensuite, le niveau régional. Beaucoup de pays n'ont pas, seuls, la taille productive ou logistique suffisante. Les chaînes de valeur régionales peuvent permettre de mutualiser les capacités et de créer des volumes plus crédibles.

Enfin, le niveau continental. La ZLECAf peut jouer un rôle complémentaire si elle facilite la circulation des intrants, l'harmonisation des règles et la consolidation d'offres africaines plus compétitives.

INCERTITUDES

Plusieurs points doivent rester ouverts à la vérification. Les modalités exactes d'application par pays et par produit doivent être suivies. L'effet réel sur les exportations africaines dépendra des filières concernées, des règles sanitaires, des capacités logistiques et du comportement des acheteurs chinois. Enfin, le rapport de force commercial ne disparaît pas avec le zéro droit de douane : il se déplace vers la capacité de production, la qualité et la négociation contractuelle.

Sources

"Je me suis battu contre la domination blanche et je me suis battu contre la domination noire." MANDELA, Proces de Rivonia (1963)