Diplomatie
L'Union africaine face aux fractures du systeme international
VA Hebdo 01 - Semaine du 1 au 7 juin 2026
L'Union africaine aborde la rentrée 2026 dans une position paradoxale. Jamais le continent n'a été aussi présent dans les enceintes de la gouvernance mondiale : siège permanent au G20 depuis 2023, revendication unifiée de deux sièges permanents au Conseil de sécurité de l'ONU, plaidoyer constant pour une réforme des institutions financières internationales. Mais jamais, non plus, le système international n'a semblé aussi fragmenté : présidences du G20 disputées, aide publique au développement en repli, concurrence des puissances qui se joue désormais jusque dans les mécanismes multilatéraux. Cette analyse examine comment l'UA tente de convertir sa nouvelle représentativité en capacité d'influence, entre exigence de réforme et réalité des fractures.
Question strategique
Entre exigence de réforme des institutions mondiales (Conseil de sécurité, G20) et fragmentation des solidarités régionales, l'Union africaine peut-elle transformer sa représentativité nouvelle en capacité d'influence réelle ?
L'Union africaine face aux fractures du système international
Introduction
L'Union africaine aborde la rentrée 2026 dans une position paradoxale. Jamais le continent n'a été aussi présent dans les enceintes de la gouvernance mondiale : siège permanent au G20 depuis 2023, revendication unifiée de deux sièges permanents au Conseil de sécurité de l'ONU, plaidoyer constant pour une réforme des institutions financières internationales. Mais jamais, non plus, le système international n'a semblé aussi fragmenté : présidences du G20 disputées, aide publique au développement en repli, concurrence des puissances qui se joue désormais jusque dans les mécanismes multilatéraux. Cette analyse examine comment l'UA tente de convertir sa nouvelle représentativité en capacité d'influence, entre exigence de réforme et réalité des fractures.
Faits établis
La revendication d'une correction historique au Conseil de sécurité. Le 11 mai 2026, lors d'une réunion ministérielle à Nairobi tenue en marge du Sommet Afrique-France, le président de la Commission de l'Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a réaffirmé l'exigence du continent d'obtenir deux sièges permanents avec droit de veto et cinq sièges non permanents au Conseil de sécurité de l'ONU. « L'Afrique ne demande pas une faveur ; l'Afrique exige la correction d'une injustice historique », a-t-il déclaré. La position s'appuie sur le Consensus d'Ezulwini (2005) et la Déclaration de Syrte (1999). Youssouf a cité le soutien de la France, du Kenya et de la Sierra Leone au « Modèle africain ». Le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a qualifié la configuration actuelle du Conseil de reflet de « l'ordre géopolitique de 1945 ».
Le G20 : un siège acquis, une influence à construire. L'entrée permanente de l'UA au G20 en 2023 a été perçue sur le continent comme une correction attendue. Trois ans plus tard, la question est devenue : que produit réellement ce siège ? La présidence américaine du G20 en 2026 a durci l'épreuve : l'Afrique du Sud, qui présidait le groupe en 2025, n'a pas été invitée aux réunions de 2026, mettant fin à une série de quatre présidences successives du Sud global. Lors de la retraite de l'UA sur les engagements G20, tenue à Malabo en avril 2026, le diagnostic posé n'était pas l'absence de vision continentale mais un écart de capacité institutionnelle et analytique, inégalement réparti entre les 55 États membres. La Commission a néanmoins maintenu un engagement intensif sur les volets Sherpa et Finance, portant des positions sur l'accès à l'énergie, la transformation locale des minerais critiques, la capacité d'absorption technologique et le financement du développement par des ressources africaines.
La sécurité continentale face à la contrainte financière. Réunis à Luanda fin août 2026 pour la 21e session extraordinaire de l'Assemblée de l'UA, convoquée sous l'égide du président angolais João Lourenço, champion de l'UA pour la paix et la réconciliation, les chefs d'État ont examiné la réforme des mécanismes continentaux de prévention et de résolution des conflits. Youssouf y a déclaré que le financement de l'agenda de paix africain et l'objectif de « faire taire les armes » d'ici 2030 ne peuvent plus dépendre principalement de ressources extérieures, appelant à un Fonds pour la paix de l'UA renforcé et à un soutien renouvelé à la résolution 2719 du Conseil de sécurité de l'ONU. Il a décrit un environnement de paix et de sécurité confronté à l'expansion du terrorisme, aux crises internes, aux tensions interétatiques et aux chocs externes, plaidant pour une réponse qui ne soit pas « purement sécuritaire » et pour une fermeté contre les changements anticonstitutionnels de gouvernement alliée au dialogue.
Analyse Valeurs Africaines
Le fil conducteur de la stratégie africaine est une thèse simple : la légitimité du continent dans les institutions mondiales doit se mesurer à sa capacité à y faire valoir des intérêts communs, pas à sa seule présence. Le siège au G20 illustre ce double mouvement : acquis comme une reconnaissance, il expose désormais l'UA à l'épreuve des salles de travail où se négocient les détails — capacités techniques, coordination entre États membres, suivi des dossiers d'une présidence à l'autre. La revendication au Conseil de sécurité, portée avec une constance remarquable depuis Ezulwini, s'inscrit dans la même logique : l'argument démographique et historique est solide, mais son issue dépendra d'alliances que le continent devra entretenir dans un environnement où chaque grande puissance pèse ses intérêts.
Or ce plaidoyer pour davantage de multilatéralisme se heurte à une réalité paradoxale : sur le continent lui-même, les solidarités régionales se fragmentent, comme l'illustrent les retraits de la CEDEAO ou les dynamiques centrifuges au Sahel. L'UA, qui réclame plus de place dans les institutions mondiales, doit en même temps recomposer l'unité continentale qui fonde sa crédibilité. C'est sans doute là son défi le plus structurant : la voix commune qu'elle porte à Nairobi, à Washington ou à New York ne vaut que si elle s'appuie sur une capacité réelle à gérer les crises chez elle — avec ses propres ressources, comme le rappelle le débat de Luanda sur le financement de la paix.
Incertitudes et limites
Cette analyse s'appuie sur des sources ouvertes (communiqués officiels, presse, instituts de recherche) ; les positions citées n'engagent que leurs auteurs et les négociations en cours restent par nature évolutives. Aucun calendrier n'a été fixé pour une réforme du Conseil de sécurité, qui requiert l'accord des cinq membres permanents et le soutien des deux tiers de l'Assemblée générale. L'impact réel des positions africaines au G20 de Miami (décembre 2026) ne pourra être évalué qu'après le sommet. Les données sur les capacités institutionnelles des États membres relèvent d'appréciations.
Conclusion
L'Union africaine a gagné la bataille de la représentation : elle siège au G20, elle porte une revendication unifiée et documentée au Conseil de sécurité, elle impose le thème du financement endogène de la paix. Reste la bataille de l'influence, qui se joue dans la capacité du continent à transformer ses positions en résultats — coordination technique, alliances durables, gestion des crises internes. La rentrée 2026, entre Malabo, Nairobi, Luanda et Washington, dit une même chose : la représentativité africaine est acquise, sa puissance de négociation reste à construire.
Sources
- La Nouvelle Tribune — « ONU : l'UA réclame 2 sièges permanents et 5 non permanents au Conseil de sécurité », 12 mai 2026 : https://lanouvelletribune.info/2026/05/onu-lua-reclame-2-sieges-permanents-et-5-non-permanents-au-conseil-de-securite/
- ACP (Agence Congolaise de Presse) — « L'UA exige deux sièges permanents au Conseil de sécurité de l'ONU » : https://acp.cd/diplomatie/lua-exige-deux-sieges-permanents-au-conseil-de-securite-de-lonu/
- Daily News Egypt — « Egypt's Prime Minister joins African heads of state in Angola to address urgent continental security reforms », 29 août 2026 : https://www.dailynewsegypt.com/2026/08/29/egypts-prime-minister-joins-african-heads-of-state-in-angola-to-address-urgent-continental-security-reforms/
- ORF America — Raul Alfaro-Pelico, « How the African Union is Navigating the United States' G20 Presidency », 25 août 2026 : https://orfamerica.org/orf-america-comments/how-the-african-union-is-navigating-the-united-states-g20-presidency
- Union africaine — « AUC Chairperson reaffirmed Africa's united & principled position on UN Security Council reform » : https://au.int/sw/node/46373