"Je me suis battu contre la domination blanche et je me suis battu contre la domination noire."Nelson Mandela, Proces de Rivonia (1963)

ZLECAf

ZLECAf : l'accord existe, le vrai test commence aux frontières

Par Sime Borel • 2026-06-08 • 3 min de lecture

Aujourd'hui en Afrique ZLECAf

La Zone de libre-échange continentale africaine est souvent présentée comme une promesse historique : créer un marché africain plus intégré, réduire les barrières commerciales et donner au continent une base économique plus cohérente. Mais l'enjeu de 2026 n'est plus seulement de rappeler l'ambition de la ZLECAf. Il est de mesurer sa capacité d'exécution : règles d'origine, douanes, corridors, standards, données commerciales et confiance entre administrations.

Question strategique

La ZLECAf peut-elle passer du symbole politique à l'exécution concrète aux frontières africaines ?

Points cles

  • Les règles d'origine déterminent l'accès réel aux préférences commerciales.
  • Les douanes, corridors et standards restent le test décisif de l'intégration.
  • La valeur de la ZLECAf dépendra de sa mise en oeuvre par les États et les entreprises.

La Zone de libre-échange continentale africaine est souvent présentée comme une promesse historique : créer un marché africain plus intégré, réduire les barrières commerciales et donner au continent une base économique plus cohérente. Mais l'enjeu de 2026 n'est plus seulement de rappeler l'ambition de la ZLECAf. Il est de mesurer sa capacité d'exécution : règles d'origine, douanes, corridors, standards, données commerciales et confiance entre administrations.

FAITS ÉTABLIS

Le Secrétariat de la ZLECAf présente le commerce des biens comme l'un des piliers du marché continental. L'objectif affiché est de favoriser la mise en oeuvre du Protocole sur le commerce des biens, de réduire les barrières et de soutenir la création d'un marché africain plus intégré.

Les règles d'origine occupent une place centrale dans cette architecture. Le manuel consacré aux règles d'origine de la ZLECAf, publié dans le cadre de l'Union africaine et de l'AfCFTA, rappelle leur fonction : déterminer quels produits peuvent bénéficier du traitement préférentiel prévu par l'accord. Autrement dit, elles ne sont pas un détail technique. Elles décident si un produit est reconnu comme suffisamment africain pour profiter des avantages de la zone de libre-échange.

Ces règles sont indispensables pour éviter le simple transbordement de produits venus d'ailleurs. Mais elles peuvent aussi devenir un obstacle si elles sont trop complexes, mal comprises ou appliquées de manière divergente par les administrations nationales.

ANALYSE

La ZLECAf est un accord politique majeur, mais son efficacité dépend de mécanismes très concrets. Le commerce ne circule pas dans les communiqués. Il circule par des ports, des postes-frontières, des documents douaniers, des certificats d'origine, des routes, des entrepôts, des banques, des assurances et des systèmes numériques.

C'est là que se situe le test. Si les entreprises africaines ne savent pas clairement quelles règles s'appliquent, si les douanes n'interprètent pas les documents de la même façon, si les délais de passage restent longs ou si les coûts informels persistent, la ZLECAf restera une promesse sous-utilisée. Les grands groupes pourront peut-être absorber ces frictions, mais les PME, qui devraient être au coeur de l'intégration régionale, resteront à distance.

La question des règles d'origine est particulièrement stratégique. Dans une économie continentale où beaucoup de filières sont encore fragmentées, il faut encourager la production régionale sans créer un système inaccessible. Des règles trop faibles favoriseraient l'importation déguisée. Des règles trop lourdes décourageraient les producteurs africains. Le bon équilibre consiste à protéger la crédibilité du marché continental tout en rendant la conformité possible pour les entreprises réelles.

La ZLECAf peut aussi modifier la manière dont l'Afrique négocie avec les partenaires extérieurs. Face à la Chine, à l'Union européenne, aux États-Unis, à l'Inde ou aux pays du Golfe, un marché africain plus intégré aurait davantage de poids. Mais cela suppose que les pays africains utilisent la zone non comme un slogan diplomatique, mais comme une infrastructure économique commune.

CE QUE CELA CHANGE POUR LES ÉTATS AFRICAINS

Pour les gouvernements, la priorité devrait être moins de communiquer sur la ZLECAf que de résoudre les points de friction. Trois chantiers sont décisifs.

Le premier est administratif : former les agents douaniers, simplifier les documents, harmoniser les pratiques et rendre les informations accessibles aux entreprises.

Le deuxième est logistique : réduire les délais aux frontières, améliorer les corridors, connecter les ports aux zones de production et fiabiliser le transport régional.

Le troisième est productif : identifier les filières où l'intégration régionale peut créer de la valeur. Une zone de libre-échange ne produit pas automatiquement de l'industrie. Elle peut l'encourager si les politiques industrielles, les infrastructures et les financements sont alignés.

Pour les entreprises, la ZLECAf représente une opportunité, mais aussi une exigence. Elles devront comprendre les règles d'origine, documenter leurs chaînes d'approvisionnement, se conformer aux standards et penser leurs marchés au-delà des frontières nationales.

INCERTITUDES

Le rythme réel de mise en oeuvre reste variable selon les pays. Certains États disposent d'administrations commerciales plus solides que d'autres. Les infrastructures régionales restent inégales. Les tensions budgétaires peuvent ralentir les investissements nécessaires. Enfin, les effets de la ZLECAf dépendront autant des réformes nationales que de la coordination continentale.

La ZLECAf n'est donc ni un échec ni une solution magique. C'est un instrument. Sa valeur dépendra de la capacité des acteurs africains à le faire fonctionner au quotidien.

Sources

"Je me suis battu contre la domination blanche et je me suis battu contre la domination noire." MANDELA, Proces de Rivonia (1963)